Le volontourisme dans les orphelinats n’est pas un jeu d’enfants

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Chaque année, profitant de quelques jours de vacances, des milliers de citoyens occidentaux s’engagent en tant que bénévoles dans des orphelinats ou centres de loisirs pour enfants dans des pays en développement. D’autres voyageurs, déjà sur place, organisent des visites d’orphelinats lors de séjours touristiques. A première vue, le volontourisme, et plus particulièrement le « tourisme d’orphelinats », n’est fait que de bonne volonté. Mais les intentions généreuses des bénévoles éphémères ne prennent pas toujours en compte le fait que les enfants ont surtout besoin d’un accompagnement sur le long terme. De plus, des visites courtes et souvent mal encadrées peuvent impliquer des risques considérables. Quand il s’agit d’enfants en situation de grande vulnérabilité, la goutte d’eau dans l’océan peut devenir celle qui fait déborder le vase.

Les risques de troubles psychologiques pour les enfants

Les enfants qui ont longtemps vécu loin de leur famille, dans des structures tels que les orphelinats, présentent très souvent des symptômes psychologiques tels que l’hyperactivité ainsi que des troubles du lien affectif. Ils sont à la recherche de liens amicaux et s’attachent facilement, même aux personnes inconnues. A force d’être séparé des volontaires, ces enfants, en grandissant, peuvent développer un traumatisme émotionnel. Cela s’applique notamment aux orphelinats qui manquent de personnel, où les enfants ne trouvent pas de figure parentale fiable à laquelle s’accrocher. La présence de bénévoles de courte durée peut être nuisible si leurs activités et les objectifs de leurs missions ne sont pas encadrés ou suffisamment orientés à un soutien technique de l’association locale.

Les risques croissants de faux orphelinats ou de structures non enregistrées

L’intérêt croissant des volontouristes pour les orphelinats a provoqué l’augmentation du nombre de ces établissements. Des intermédiaires, peu scrupuleux, profitent de la pauvreté des parents qui placent leurs enfants dans ces structures dans l’espoir de leur donner une éducation et un accès à une vie meilleure. Au Cambodge, selon Unicef, 85% des « orphelins » placés dans un orphelinat ont au moins un de leur parent en vie et 70% des orphelinats ont été ouverts par des individus sans autorisation officielle. Au lieu de leur apporter la protection dont ils ont besoin et une éducation convenable, par exemple en les inscrivant dans les écoles publiques environnantes, les enfants sont hébergés dans des bâtiments délabrés où une grande partie des cours sont dispensés par des volontaires qui, pour la plupart d’entre eux, n’ont  jamais ou peu enseigné. Autre exemple : au Népal, 80% des orphelinats sont situés dans les trois villes les plus touristiques du pays. Ainsi, sans le vouloir, le volontourisme, quand il est axé sur le bénévolat de courte durée au sein d’orphelinats, encourage la corruption et la traite d’enfants.

Les risques d’abus sexuels sur les enfants

Des affaires judiciaires, dont plusieurs en cours, montrent que certains individus cherchent à créer un orphelinat ou bien à infiltrer des organisations et structures déjà existantes afin d’abuser sexuellement des enfants vulnérables. Agissant sous la couverture de travailleurs, volontaires ou donateurs, leur position leur procure un « accès » facile aux jeunes bénéficiaires. Selon une étude menée par la police néerlandaise en 2013, sur 85 enquêtes examinées portant sur des cas suspects d’exploitation sexuelle dans les voyages et le tourisme, 13 concerneraient des abuseurs ayant rencontré leurs victimes dans un contexte humanitaire. Les suspects travaillaient ou bien dirigeaient des orphelinats, des écoles ou des centres d’accueil. Il est difficile de garantir totalement la sécurité des enfants dans les orphelinats et centres de loisirs mais certaines procédures peuvent limiter considérablement les risques d’abus sexuels (voir les conseils aux bénévoles).

D’autres mesures, comme la mise en place de procédures de signalement de cas potentiels d’abus sexuels sur mineurs deviennent indispensables pour protéger les jeunes bénéficiaires. Dans ce sens, le réseau d’associations ECPAT (End Child Prostitution and Trafficking) a créé la plateforme de signalement www.reportchildsextourism.eu en collaboration avec Interpol, Europol et une vingtaine de polices nationales. Le volontourisme orienté à la visite de courte durée des orphelinats présente plus de risques que de bénéfices pour les enfants.

Selon la vision du développement partagée par ATD (Acteurs du Tourisme Durable) et ECPAT France, le bénévolat dirigé aux orphelinats ne devrait impliquer qu’un soutien purement technique axé sur le renforcement des compétences du personnel de l’association locale. Cependant, les difficultés en matière de ressources humaines et financières que traversent certaines associations peuvent justifier une participation directe des bénévoles auprès des enfants orphelins, comme c’est le cas du domaine de l’enseignement éducatif, si le séjour se prolonge au moins 6 mois.

Toujours dans le cadre d’un bénévolat soucieux de son impact, afin de mieux prévenir certains risques, les structures et leurs bénévoles devraient impérativement respecter certaines bases de la protection des enfants. L’enregistrement officiel des structures au sein des autorités de chaque pays, la présentation d’un extrait du casier judiciaire de la part du personnel et des bénévoles et la mise en pratique d’un code de conduite dans chaque structure, imposant des règles de base, sont des éléments indispensables à la protection d’enfants.

Les conseils aux bénévoles

1 – S’assurer que l’association responsable de l’orphelinat est légalement enregistrée.

2 – S’assurer que la mission vise à renforcer les compétences techniques du personnel local (logistique, soins médicaux, enseignement, etc.) et que vous possédez ces compétences.

3 – Favoriser des missions de longue durée (au moins 6 mois). Si ce n’est pas possible, s’abstenir de visiter un orphelinat ou un centre d’accueil d’enfants vulnérables.

4 – Favoriser le contact avec des associations qui implémentent en interne un code de conduite.

5 – Ne jamais rester seul avec un enfant dans une pièce fermée.

6 – Ne pas dormir à l’orphelinat avec les enfants.

7 – Eviter le plus possible de prendre en photos les enfants de l’orphelinat car ils ne sont pas des attractions touristiques.

8 – Ne pas publier de photos d’enfants sur les réseaux sociaux afin de préserver leur dignité et leur anonymat.

9 – Signaler toute situation, même douteuse, d’abus sexuel sur mineurs à l’ambassade de votre pays ainsi que surwww.reportchildsextourism.eu   ECPAT France en association avec ATD (Acteurs du Tourisme Durable)

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