Pornographie enfantine

On entend par pornographie enfantine toute représentation, par quelque moyen que ce soit, d’un enfant s’adonnant à des activités sexuelles explicites, réelles ou simulées, ou toute représentation des organes sexuels d’un enfant, à des fins principalement sexuelles.

pedoporno modif

Définition tirée de l’article 2c du Protocole facultatif à la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, concernant la vente d’enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants, 2000

 La pédopornographie à travers l’imagerie fixée 

Elle peut inclure des photographies, des négatifs, des diapositives, des livres, des films, des vidéos enregistrées, des CD/DVD ou des fichiers informatiques. De manière générale, on distingue entre deux catégories de pédopornographie, celle non explicite ou soft, montrant des images aguichantes d’enfants nus, et celle explicite ou hard (dure), dont les images révèlent des enfants se livrant à des activités sexuelles. Les nouvelles technologies ont facilité considérablement la production de pornographie enfantine. Le numérique a permis de la fabriquer plus simplement et à meilleur marché, et le risque de découverte est moindre puisqu’il n’est plus nécessaire de faire appel à des tiers pour développer les images, préservant ainsi l’anonymat des abuseurs. Les caractéristiques d’internet favorisent, en outre, l’impunité de ces crimes. Les sites sont en perpétuelle mouvance. Internet n’ayant aucune considération en termes de frontières, les législations nationales peuvent être facilement contournées, rendant ainsi la détection et les poursuites particulièrement difficiles. De nombreuses questions se posent, notamment quant à la localisation de l’infraction. Où se situe l’acte criminel : là où l’image est produite, là où l’image est stockée, ou là où l’image est regardée ?

 La pédopornographie “live” (en direct) 

Certaines personnes se rendent également sur le net (sur des sites de chat notamment) et demandent en ligne à des jeunes de réaliser des strip-teases ou des actes pornographiques devant une caméra qui retransmet les images en direct à l’internaute. Si cette pratique n’est pas en elle-même une forme d’exploitation sexuelle à des fins commerciales (puisqu’il n’y a pas d’échange d’argent), elle peut toutefois le devenir lorsque ces vidéos se retrouvent en vente sur internet. Ceci est également vrai pour les vidéos pornographiques tournées entre adolescents, parfois comme un jeu, parfois contre une rémunération ou un avantage en nature (portable, etc.). Ces images peuvent aussi être vendues par la suite et circuler sur Internet.

 La pédopornographie virtuelle 

Les images virtuelles de pornographie enfantine sont des images qui ont été modifiées d’une manière ou d’une autre, de telle sorte que la personne sur l’image n’est pas un « vrai » enfant ou adolescent. C’est le cas d’images de corps adultes sur lesquels ont été collés des visages d’enfants. Un autre exemple est une animation réalisée en utilisant un programme informatique ou de dessins animés, parfois appelés “manga”. Alors que certaines de ces images incluent des scènes où des adolescents ou des enfants sont engagés dans une relation sexuelle, d’autres montrent des scènes très violentes d’abus incluant des viols collectifs. Toutefois la pornographie enfantine n’est pas qu’une question d’enfants nus et abusés. En effet, ces images contribuent au système d’exploitation des enfants, en “normalisant” l’idée et en promouvant le désir d’avoir des relations sexuelles avec eux. Elles peuvent ainsi inciter les consommateurs de ces images à passer à l’acte. Selon Roland Coutanceau, psychiatre-criminologue, “le taux de passage à l’acte des adeptes de ces images est encore mal connu. Dans le monde 10% des personnes qui surfent sur des sites pédopornographiques ont déjà été condamnés pour agression sexuelle. Autrement dit, 90% n’ont pas dans leur passé d’agression sexuelle connue. Mais une étude canadienne montre que 40% d’entre eux avouent aux psychiatres avoir déjà agressé physiquement un enfant. On peut en déduire que, en France, parmi les 90% qui n’ont aucun antécédent judiciaire, certains sont peut-être déjà passés à l’acte…”[1]

 Un phénomène nouveau : le grooming 

Le grooming, qui consiste à établir des liens émotionnels avec un mineur et à inhiber ses préjugés afin d’en tirer des faveurs sexuelles, est un phénomène florissant sur internet. Le grooming est particulièrement employé pour inciter l’enfant à s’engager dans la prostitution ou à se laisser convaincre d’enregistrer des images pornographiques. Une enquête publiée par le réseau scientifique européen Eu Kids Online en 2011 constate que 19% des enfants français de 11 à 16 ans affirment avoir envoyé ou publié des messages à caractère sexuel sur Internet tandis que 3% en aurait reçu ou vu. Le Centre National pour la Technologie dans l’Education (NCTE), une institution gouvernementale irlandaise, a également conduit une enquête approfondie sur le phénomène.  Menée auprès de 848 étudiants de 9 à 16 ans dans 21 établissements scolaires irlandais, l’étude révèle des informations surprenantes : 24% des enfants qui ont eu une rencontre réelle issue d’un premier contact virtuel ont confirmé que la personne qui s’était présentée initialement comme étant un enfant était en réalité un adulte.

 Un phénomène aux réalités diverses

La question se pose cependant de continuer à utiliser le terme de “pornographie enfantine” car il ne décrit toutes les réalités que recouvre le phénomène. C’est le cas, par exemple, des images qui ne vont pas forcément être classées pornographiques mais qui peuvent être distribuées ou utilisées à des fins sexuelles. En outre, le type d’images d’enfants qui peuvent représenter un intérêt sexuel varie largement selon la personne qui les visionne. Enfin, le terme “pornographie” peut donner l’impression que l’enfant a accepté de participer à la réalisation et à l’enregistrement de ces images. Pour toutes ces raisons, de nombreuses organisations de protection de l’enfance tendent désormais à utiliser le terme “images d’abus sexuels sur enfant” à la place de “pornographie enfantine” même si ce dernier est encore amplement utilisé dans la plupart des lois et des documents stratégiques au niveau mondial.

 Quelques chiffres

Selon Mme Najat M’jid Maala, Rapporteur spécial de l’ONU sur la vente d’enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants, “à l’échelle mondiale les sites pornographiques exploitant les enfants se multiplient. (…) Il y aurait plus de 750.000 prédateurs connectés à Internet en permanence”. Unicef calcule qu’il y a plus de quatre millions de sites internet présentant des photos de jeunes mineurs, y compris des enfants de moins de deux ans. Toujours selon l’ONU, plus de deux cent nouvelles images seraient quotidiennement mises en circulation. Pour plus d’information sur la violence contre les enfants dans le cyberespace cliquez ici.


[1] Tiffany Blandin, « Plus d’hommes qu’on ne croit sont attirés par les images d’enfants – Interview de Roland Coutanceau, psychiatre », Libération, 14 avril 2010
Suivez-nous
Rejoignez-nous sur : Google Plus
1358 personnes aiment Ecpat France
Le cercle Ecpat
Découvrez les entreprises, institutions, fondations qui font partie du cercle ECPAT
En savoir plus